medicalised transport,medical assistance, plastic surgery
Choc hypovolémique

Pathogénie et physiopathologie
| Le choc hypovolémique se caractérise par une précharge cardiaque fortement diminuée et peut être subdivisé en quatre formes pathogéniques : |
La diminution de la pression artérielle et du débit cardiaque activent principalement le sympatho-adrénergique. La libération accrue de noradrénaline postganglionnaire stimule les récepteurs alpha adrénergiques, à l’origine d’une vasoconstriction périphérique avec phénomène de « centralisation » de la circulation et état de bas débit, en particulier au niveau de la peau, des muscles, du territoire splanchnique et des reins. Parallèlement, la libération d’adrénaline par la médullo-surrénale stimule les β-récepteurs, à l’origine d’une élévation de la contractilité et de la fréquence cardiaques. Cette réaction préserve autant que possible la perfusion du SNC et du myocarde.
Si les mécanismes de compensation sont dépassés, cela conduit à une perturbation de la microcirculation, induisant une hypoxie tissulaire avec activation des facteurs de coagulation, de la fibrinolyse, du complément et du système Kinine-Kallikréine, associée à la libération de nombreux médiateurs (leucotriènes, thrombaoxane, cytokines telles TNFalpha, IL-6 et IL-8, etc.) qui lèsent l’endothélium capillaire et susceptibles, en fin de compte, de provoquer un SIRS avec défaillance polyviscérale (MODS), etc.
Diagnostic
Symptomatologie générale et examen clinique
Diagnostic de base
| Chez tout patient suspect de choc hémorragique ou traumatique-hémorragique, la recherche de sources de saignement s’impose. |
Cette recherche comporte un examen corporel systématique. Le tableau clinique, associé aux paramètres diagnostiques de base envisagés plus haut (en particulier l’importance de l’hypotension et de la tachycardie, ainsi que le rapport de ces grandeurs dans l’index de choc), permet une évaluation clinique d’orientation du choc hypovolémique. De plus, des facteurs individuels tels que l’âge, les maladies associées et le traitement en cours sont aussi à prendre en compte.
| En principe, une PAS <90 mmHg, associée à une tachycardie et une perte sanguine ou volumique constatée ou supposée, est un signe caractéristique de l’état de choc. |
Diagnostic avancé
Il repose sur les éléments suivants :
En fonction de la situation, le diagnostic est complété par une échographie, des investigation radiologiques (avec TDM et angiographie), ainsi qu’une endoscopie d’urgence. Un diagnostic hémodynamique spécialisé au moyen d’une analyse continue du contour de l’onde de pouls artériel ou d’un KTAP n’est indiqué qu’en cas de choc hypovolémique prolongé et dont le traitement requiert l’administration de catécholamines. Dans ce cas particulier, l’échocardiographie permet aussi une évaluation semi-quantitative de la volémie.
Traitement
Bases fondamentales
| Le but initial du traitement est le rétablissement d’une normovolémie avec des solutions colloïdes et cristalloïdes, au prix d’une dilution des composés sanguins restant, imposant quelquefois la substitution sélective par des dérivés sanguins. |
Les mesures thérapeutiques générales comportent les éléments suivants :
| Une élévation de la FiO2 de 0,21 à 1,0 (par augmentation de la quantité d’O2 dissout de 0,3 à 2,3 ml/dl) équivalent à une élévation de la concentration d’Hb de 1,5 g/dl, ce qui correspond, chez un adulte de poids normal, à l’administration d’environ deux concentré de globules rouges (CGR). |
Compensation volumique
Bases fondamentales
L’eau corporelle totale correspond à environ 60% du poids corporelle (PC). Elle se répartit en EIC (40% du PC) et en EEC (20% du PC), lui-même subdivisé en eau interstitielle (16% du PC) et plasmatique (4 % du PC). Le volume sanguin représente 7 – 8% du PC, dont 45% constituent l’Ht. Le volume intravasculaire est maintenu par la pression colloïde -osmotique (PCO ; ou pression oncotique) des protéines plasmatiques.
| Compte tenu du grand éventail de compensation de l’offre d’oxygène, ainsi que de la coagulation plasmatique et cellulaire, des pertes atteignant jusqu’à 30% du volume sanguin peuvent être compensées par le seul apport de solutés colloïdes et cristalloïdes. |
Solutés de remplissage vasculaire
Les solutés cristalloïdes, étant dépourvus de molécules dotées d’une activité oncotique, donc de PCO, se distribuent de ce fait rapidement entre le compartiment intravasculaire et interstitiel. Comme seulement 25 % de ces solutés restent en intravasculaire, il faut en administrer quatre fois plus que des solutés colloïdes pour compenser un même déficit, et répéter leur apport. Du fait de la diminution de la PCO intravasculaire par la dilution et l’inflation hydrique interstitielle résultante, la compensation volumique par les seuls solutés cristalloïdes peut altérer les échanges gazeux pulmonaires, la perfusion intestinale et l’oxygénation tissulaire générale.
La solution de Ringer-Lactate, dont la fraction lactate a pour but d’éviter l’acidose de dilution, augmente la consommation d’oxygène de l’organisme, suite au catabolisme oxydatif hépatique du lactate, et fausse de pouls le taux plasmatique de lactate utilisé en tant que marqueur de l’hypoxie.
| Parmi les solutés cristalloïdes, les solutions électrolytiques complètes sont à préférer à la solution de Ringer –Lactate. |
Les colloïdes artificiels sont des mélanges polydispersés de molécules de tailles différentes.
Les solutions comportent pour cette raison en plus de l’indication de leur concentration, celui du PM moyen en kDa (kilodalton) des colloïdes qui les composent (par exemple : GEL à 4 % -30) ; les HEA sont en plus qualifiés par leur degré de substitution (par exemple : HEA à 10 % - 200/ 0,5).
Tous les colloïdes artificiels peuvent donner lieu à des réactions d’intolérance, sans qu’il existe des différence significatives entre eux en cas ce qui concerne la fréquence de leur survenue. D’autres effets indésirables sont l’altération tubulaire rénale et de la coagulation. Compte tenu de ces inconvénients et de l’obligation d’une prophylaxie par une haptène, les solutions de Dextran ne sont quasiment plus utilisées. Par rapport aux solutions de Dextran et d’HEA, les gélatines (par exemple GEL à 4% -30, Gélofusine) se caractérisent par une grande neutralité vis-à-vis de la coagulation et l’absence de néphrotoxicité.
| Les gélatines sont particulièrement indiquées comme substituts volumiques en cas de menace d’atteinte de la fonction rénale et de la coagulation. Les solutions hyperoncotiques d’HEA à 10% -200/0,5 sont particulièrement indiquées en cas d’hypovolémie sévère, sachant que l’administration doit être suivie de l’apport de solutés électrolytiques complets pour compenser le déficit interstitiel. |
Comme le choc hypovolémique se caractérise non seulement par une diminution du volume sanguin, mais s’accompagne aussi d’un transfert d’eau interstitielle dans le compartiment intravasculaire, le remplissage vasculaire urgent débuté à l’aide de solutions colloïdales seules doit être poursuivi en associant des solutions électrolytiques complètes dans un rapport d’environ 1 :1.
Le principe d’action des solutions décrites comme Small volume resuscitation, solutions hyperosmolaires (SH) ou hyperosmolaires-hyperoncotiques (SHH)(NaCl à 7,2 % avec HEA à 6%-200/0,5 ou NaCl à 7,9% avec Dextran 70 à 6%) est la mobilisation de l’eau interstitielle, intra-érythrocytaire et intra-endothéliale vasculaire par constitution rapide d’un important gradient osmotique ou osmotique = oncotique, sous réserve de la présence d’un volume d’eau mobilisable. L’amélioration initiale de la micro et de la macro circulation doit être maintenue par substitution immédiate du volume mobilisé et poursuite de la compensation volumique.
| Les SH/SHH (posologie : 4ml/kg ou 250 ml) sont adaptées au traitement initial du choc hémorragique ou traumatique- hémorragique, particulièrement grave, de patients disposant d’un volume mobilisable suffisant. Elles ne sont pas indiquées en cas de choc hypovolémique au sens strict, ni de choc traumatique- hypovolémique. |
Produits sanguins labiles
Concentrés de globules rouges – CGR
| Le seuil au-dessous duquel l’apport de transporteurs d’oxygène sous forme de CGR est indiqué dépend en particulier de l’âge et des maladies associées (insuffisance coronarienne, BPCO etc.), ainsi que de la situation clinique (saignement occulte ou non maîtrisé), sous réserve du rétablissement préalable de la volémie par l’apport de solutions colloïdes ou cristalloïdes. |
| En définitive, une concentration d’Hb de 6g/dl plaide en faveur d’une « presque toujours » transfusion et une concentration de 10 g/dl pour une « presque jamais » transfusion. |
Plasma frais congelé-PFC
La fonction de coagulation du plasma reste conservée tant que la concentration des facteurs se maintient à 20-30% de leur valeur normale. Ce n’est qu’après des pertes sanguines d’environ 70% qu’une substitution par du PFC s’impose. Les indicateurs potentiels de celle-ci sont un allongement du TCA ou du PTT de 1,5 par apport à la normale, un abaissement de plus de 50% du temps de Quick, de l’AT III, de la concentration de fibrinogène et du nombre de plaquettes.
| En cas de perte sanguine élevée, avec coagulopathie de dilution, traitement anticoagulant préalable et tendance hémorragique manifeste, la substitution doit être débutée plus tôt. Habituellement, une unité de PFC est administrée après 4 CGR ; en cas d’hémorragie persistante le rapport est augmenté jusqu’à 1 :1. |
Concentré plaquettaire – CP
L’indication d’une substitution par des CP dépend de la cause de la thrombopénie ou de la thrombopathie ainsi que de la situation clinique.
| Chez les patients présentant une hémorragie ou un trouble de la coagulation manifeste, l’apport de CP s’impose quand le nombre de plaquettes est < 50 000/μl, alors qu’une concentration > 100 000/μl ne justifie pas de substitution en règle générale. Le tableau clinique (hémorragie non contrôlée, pertes sanguines prévisibles), l’administration antérieure d’antiagrégants plaquettaires et les aspects logistiques peuvent justifier une transfusion plus précoce. |
Catécholamines
| En présence d’un choc hypovolémique, l’administration de catécholamines n’est justifiée que pour la correction d’un état de collapsus sévère ne répondant pas au remplissage vasculaire. |
Compte tenu des recommandations de la RCP, la catécholamine de choix est l’adrénaline, du fait de son double effet simultané bêta, et alpha à dose plus élevée.
Aspects thérapeutiques particuliers
Choc hémorragique
| Le choc hémorragique requiert simultanément le contrôle de l’hémorragie et une compensation volumique adaptée. Le moment de la compensation et le volume administré sont déterminés en fonction de chaque cas. |
Un saignement accessible à la compression est traité le cas échéant par une hémostase mécanique provisoire et une compensation volumique suffisante (par exemple : HEA à 10% -200/0,5), avant un traitement chirurgical définitif. A l’inverse, une hémorragie abondante et non contrôlable mécaniquement, dans une grande cavité corporelle, suite à une plaie perforante ou pénétrante, est traitée par un apport volumique restreint avec une hypotension « permissive » pour ne pas accentuer le saignement avec la remontée de la pression artérielle ; en aucun cas il ne faut retarder une prise en charge chirurgicale urgente. Le seuil de tolérance précis de l’hypotension n’est pas connu. Il dépend des maladies associées (par exemple hypertension artérielle). Néanmoins, une PAM à 50 mmHg ou une PAS à 70-80 mmHg peut être considérée comme suffisante. Aussitôt après le contrôle chirurgical de l’hémorragie, la correction du déficit volumique est indispensable.
Choc hypovolémique au sens strict
| Le hypovolémique au sens requiert la substitution du déficit d’eau interstitielle par l’apport de solutions électrolytiques complètes, en fonction de la durée et de la gravité de l’évolution clinique. |
En cas de fonction circulatoire encore suffisante (par exemple maintient de la conscience), un déficit volumique de constitution progressive est compensé de manière progressive. Du fait des troubles électrolytique associés, des contrôles rapprochés de Na et K sont indispensables. En particulier chez le sujet âgé, avec une réserve cardiaque limitée, le risque d’une surcharge volumique est effectif. Dans tous les cas, le traitement initial d’un collapsus sévère fait appel à l’administration de solutés colloïdes. Les SH/SHH sont contre-indiquées du fait de l’existence probable d’un déficit hydrique interstitiel.
Choc traumatique –hémorragique
| Lors du choc traumatique-hémorragique, l’indispensable maintien du volume intravasculaire par remplissage forcé constitue le point essentiel. |
Pour prévenir l’insuffisance de remplissage vasculaire, une prise en compte minutieuse du bilan lésionnel est indispensable. Les autres éléments entrant en ligne de compte sont essentiellement la PAS, la FC, la diurèse et les GDS. Le traitement chirurgical peut entraîner une perte sanguine supplémentaire, dont il faut tenir compte.
| Les agents de choix sont les solutés colloide, telles l’HEA à 10% -200/0,5, ainsi que les solutions électrolytiques complètes à titre de complément. Un collapsus sévère est traité initialement par une solution hyperosmolaire/solution hyperosmolaire-hyperoncotique (SH/SHH). |
Environ 50% des patients en état de choc traumatique-hémorragique en relation avec un polytraumatisme ont un TC, qui détermine souvent l’évolution. Une augmentation initiale de la PC résulte presque toujours d’une hémorragie intracrânienne expansive et/ou d’une oxygénation insuffisante du SNC. Chez la majorité des patients, ce n’est que 24-96 h après le traumatisme, pour des raisons diverses que l’on observe une augmentation secondaire de la PIC. C’est pourquoi d’éventuels effets négatifs du remplissage sur la PIC à la phase initiale du TC sont peu probables.
| Le premier objectif chez les patients en état de choc traumatique-hémorragique, avec TC associé, est d’assurer à côté de l’oxygénation adéquate par une normoventilation contrôlée avec initialement une FiO2 de 1,0, une PPC suffisante par le remplissage vasculaire forcé et, le cas échéant, l’apport de catécholamines. |
Choc traumatique –hypovolémique et brûlures
| Le choc traumatique –hypovolémique survient essentiellement à la suite de brûlures et nécessite un traitement par un apport volumique différencié et, le cas échéant, celui de catécholamines. |
La substitution liquidienne basée sur des formules sert essentiellement pour le démarrage du traitement du choc. Dans les situations de catastrophe, la formule de Parkmand, d’après Baxter, est recommandée :
Pour le calcul de la surface corporelle brûlée (SCB), seules les brûlures du 2 éme et 3 éme degré sont prises en compte. La moitié du volume liquidien quotidien est administré dans les huit premières heures suivant l’accident, car c’est à ce moment que l’extravasation est la plus forte.
| La substitution volumique initiale repose essentiellement sur la solution de Ringer isotonique (solution électrolytique complète). Le besoin liquidien lié aux lésions associées est pris en compte à part et nécessite le cas échéant le recours aux solutés colloïdes et aux produits sanguins labiles. |
Dans la mesure du possible, les catécholamines sont à éviter car, en diminuant la circulation cutanée, elles peuvent accentuer la nécrose au niveau des zones brûlées. Le cas échéant, il est fait appel à la dobutamine ou à l’adrénaline car ces agents augmentent le débit sanguin cardiaque (DC), essentiellement par amélioration de la contractilité, tout en amplifiant moins la vasoconstriction.