medicalised transport,medical assistance, plastic surgery
Protoxyde d'azote
HISTORIQUE
Ce gaz a été découvert par Priestley entre 1772 et 1774 et son activité analgésique fut notée simultanément par Allen et Davy dès 1800. En 1844, Colton en démontra les effets et Wells l'utilisa en dentisterie. Après une démonstration infructueuse au Massachusetts General Hospital, son utilisation tomba dans l'oubli au profit de l'éther, jusque vers 1867. Colton le popularisa alors auprès des chirurgiens-dentistes. Il en apprit notamment l'utilisation, lors d'un congrès international à Paris, à Evans - dentiste américain vivant à Paris - qui l'introduisit auprès de ses collègues londoniens en 1868. En 1879, Paul Bert montra qu'avec un mélange en contenant 85 %, une pression de 920 mmHg en caisson hyperbare était nécessaire pour pouvoir pratiquer des interventions chirurgicales (soit 104 % de 1 atmosphère) [8]. Si le protoxyde d'azote a été abandonné comme agent exclusif d'une anesthésie, il reste largement utilisé comme complément (90 % des anesthésies en France, selon l'enquête de l'INSERM) [35]. Au fur et à mesure que les connaissances se sont accumulées, il est passé du statut de produit " inerte " à celui de " médicament ", avec ses indications, ses contre-indications et ses précautions d'emploi [22].
CARACTÉ RISTIQUES PHYSIQUES
Le tableau I rappelle les principales caractéristiques physico-chimiques du protoxyde d'azote [22, 51]. C'est un gaz inodore et incolore. Il n'est pas inflammable mais est un comburant, même en l'absence d'oxygène. Il est, de ce fait, contre-indiqué dans la chirurgie au laser des voies aériennes dans certaines conditions [81]. Le graissage des robinets et vannes est soumis aux mêmes interdits qu'avec l'oxygène.
La température critique à 36,4° C permet le stockage sous forme liquide à haute pression (50 atmosphères). De ce fait, d'une part le cylindre ne peut fonctionner qu'en position verticale, d'autre part la pression y est constante tant qu'une partie du produit est à l'état liquide et l'estimation de la quantité présente se fait par pesée. A 15° C, 1 ATA, 1 kg de liquide libère 543 l de gaz. Sa tension de vapeur est de 50 bars à 20° C et 18 bars à -20° C : le débit peut diminuer, voire s'arrêter lorsque la température ambiante est basse, par insuffisance de pression. En ambiance chaude (> 36,4° C) la pression monte dangereusement dans le cylindre. L'importante chaleur latente de vaporisation rend compte de la possibilité d'un dépôt de givre sur le cylindre lors de la détente rapide, du fait de la condensation de vapeur d'eau du milieu ambiant. Il est plus dense que l'air et peut s'accumuler dans des lieux déclives mal aérés.
Mais parmi toutes les propriétés physiques, l'une a une particulière importance, c'est la solubilité car, comme avec pratiquement tous les agents anesthésiques par inhalation, il existe une relation directe entre la solubilité du protoxyde d'azote et ses principales caractéristiques, tant en ce qui concerne son effet principal, l'anesthésie, qu'en ce qui concerne sa pharmacocinétique.
Solubilité dans l'huile ( H)
1 ml d'huile d'olive peut au maximum dissoudre 1,4 ml de protoxyde d'azote à 37° C, 1 ATA, selon une référence unique ancienne (Meyer 1921) régulièrement reprise [21, 22, 51].
Récemment cette valeur a été mise en doute - pour une valeur de 2,2 - sans confirmation ultérieure [12]. A l'heure actuelle, le coefficient de solubilité dans l'huile est le meilleur indice prédictif physique de la puissance anesthésique, estimée par la concentration alvéolaire minimale (CAM ou MAC des auteurs anglo-saxons) [42].
Solubilité dans l'eau ( E)
Il existe, au contraire de la précédente, beaucoup de données sur cette valeur [51, 76, 78].
Elles oscillent autour de 0,46 à 37° C, 1 ATA. Mais comme pour tous les gaz, cette solubilité varie avec la température (fig. 1) et la pression.
Solubilité dans les solutions
Elle est affectée par des facteurs nombreux, mais qui ne changent nettement la valeur donnée ci-dessus qu'en cas de modification extrême, donc extra-clinique : le pH, la concentration en électrolytes (" salting out " effect), les concentrations en colloïdes.
(La figure 2) montre l'absence de changement notable de solubilité pour des concentrations croissantes d'hémoglobine, choisie à titre d'exemple car il existe dans la littérature de nombreuses autres protéines étudiées [56].
Solubilité dans le plasma
Elle est tout à fait conforme à ce que l'effet " salting out " laisse prévoir, c'est-à-dire qu'elle est proche de la solubilité dans une solution iso-osmotique de sérum salé, inférieure d'environ 20 % à la solubilité dans l'eau à même température. Le taux de protéines intervient relativement peu (cf. supra). Il en est de même du taux de lipides, contrairement aux agents halogénés [58], vraisemblablement parce que ces derniers sont plus liposolubles.
Solubilité dans le sang ( S)
Les données sont nombreuses et concordantes pour situer cette valeur autour de 0,47 (ml de N2O/ml de sang) à 37° C, 1ATA [22, 51]. La température la fait varier de la même façon qu'elle fait varier celle de l'eau (fig. 1).
D'une façon générale la solubilité des gaz dans le sang (dès lors qu'ils ne se combinent pas chimiquement avec un de ses constituants, comme c'est le cas pour O2, CO, CO2, NO2, SO2) [76] s'éloigne peu de la relation suivante [23] : Compte tenu que la solubilité dans le plasma est moindre que celle dans l'eau, ceci implique une plus grande solubilité dans les hématies. La démonstration en a été apportée, en particulier pour les membranes cellulaires, mais la différence est modeste. D'une façon générale, l'influence de l'hématocrite sur la solubilité est mineure, de l'ordre de 3 % pour une variation d'hématocrite de 20 % [51].
Conséquence de la solubilité
Pharmacocinétique
La rapidité de l'équilibre entre les concentrations inhalées et les concentrations cérébrales dépend - pour des conditions physiologiques données - de la solubilité de l'agent anesthésique dans le sang et les tissus c'est-à-dire, in fine, dans l'eau et dans l'huile [53].
Puissance anesthésique
Même si la raison théorique n'en est pas précisément connue, il est bien établi qu'il existe une relation entre puissance anesthésique (exprimée par la CAM) et solubilité dans l'huile ( H) [42]. La figure 3 en est l'illustration. Les conséquences de ce fait sont multiples.
L'anesthésie n'apparaît pas être une spécificité de certains gaz, mais bien une propriété générale de tous les gaz, précisément fonction de leur liposolubilité. De ce point de vue - mis à part le prix - le xénon est un agent anesthésique assez proche du protoxyde d'azote.
Il n'existe pas de raison théorique d'une spécificité d'action, notamment sur le système nerveux central [75], et nombre de mécanismes cellulaires sont finalement impliqués dans l'anesthésie par inhalation (cardiaques, musculaires), à la différence de ce qui est attendu d'une action sur un récepteur spécifique (type benzodiazépinique, morphinique, dopaminergique ou noradrénergique), ceci distinguant un anesthésique général d'une benzodiazépine, d'un opiacé ou d'un neuroleptique.
L'agent anesthésique par inhalation idéal n'a pas été encore commercialisé et est nécessairement le fruit d'un compromis : plus le produit est soluble et moins il est maniable (pharmacocinétique trop lente, trop grande influence du débit cardiaque ou de la ventilation sur les concentrations) ; à l'inverse, moins il est soluble et moins il est puissant - comme le protoxyde d'azote - obligeant à utiliser d'autres anesthésiques et comportant un risque d'hypoxie en raison des fortes concentrations rendues nécessaires par la faible activité anesthésique.